Le Blog de Thomas MORALES

23 décembre 2013

Thomas MORALES - Journaliste Indépendant

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Causeur - Dimanche 22 décembre

 

Sous le ciel, l’enfer !

La vie secrète des clochards dans les années 50 

Publié le 22 décembre 2013 à 9:00 dans Culture

Mots-clés : Le Peuple des berges, Robert Giraud

peuples berges giraud

On ne dira jamais assez l’importance de la couverture dans le succès ou non d’un livre. Le Dilettante, maison de qualité, ne les choisit pas au hasard. Le lecteur, surtout dans la période qui précède Noël, est un être délicat en proie au doute. A l’entrée des librairies, il est comme pétrifié devant tous ces rayonnages criards, ces couvertures tapageuses, ces appels citoyens à lire…C’est indécent de laisser la lecture aux mains des marchands et des professeurs. Submergé par les assauts de cette alliance mortifère, le lecteur se défend tant bien que mal. Il résiste aux sirènes de la consommation jusqu’à ce qu’il craque pour un livre inutile, laid et cher. Même les plus avertis, ceux qui se targuent de connaître la Grande Littérature, se font avoir comme des bleus à quelques jours de la Nativité.

Et puis, parfois un miracle se produit, un livre se détache de ce magma indigeste, de cette foire aux égos. Il y a d’abord cette photographie parigote de Georges Dudognon, le noir et blanc poétique, la rue qui grimpe, éternelle Mouff’, des vieilles à cabas escaladeuses, deux clébards sans laisse et cet homme gapette en guise de couvre-chef, pantalon bouffant, mitaines cradingues, pas tout à fait glandilleux, pas très glorieux non plus. Ça sent la déveine. Le décor est planté. Nous sommes à Pantruche. Cet instantané des années 50/60 d’avant la destruction des Halles quand la Capitale marchait encore à l’essence populaire, est en soi un merveilleux témoignage sur notre passé récent. Un éditeur malveillant aurait pu rajouter une pastille mentionnant « avec de vrais gens à l’intérieur » comme d’autres abusent du « vu à la télé ». La photo suffit à poser le propos de Robert Giraud, résistant, journaliste, écrivain à succès avec Le vin des rues en 1955, disparu en 1997. Le Peuple des berges est un plongeon dans les eaux boueuses de la cloche. « La cloche en argot, c’est le ciel. Sont clochards tous ceux qui n’ont que le ciel pour toit. Paris compte quelque vingt-cinq mille individus dans ce cas » souligne Giraud, anthropologue du macadam. Il sera leur portraitiste bienveillant, lucide, curieux, infatigable arpenteur du Paris by night de la dèche, du froid et de la soif.

Chez Giraud, l’œil du reporter nous évite l’angélisme, l’apitoiement, l’absurde éloge de la Liberté. Ce Peuple des berges, recueil de neuf articles, a déjà été publié dans l’hebdomadaire Qui ? Détective du 8 octobre au 3 décembre 1956 sous le titre « La vie secrète des clochards de Paris » comme le précise Olivier Bailly dans son excellente préface. Ces neuf textes décrivent au plus près cette réalité misérable d’après-guerre où le génie de la débrouille, la mythomanie des individus qui ont tout perdu, leur quête obsessionnelle du liquide salvateur, en l’espèce, le vin rouge, forment un cocktail au gout amer. « Tout se transforme en bibine » est l’un des dix commandements de la rue. On a la tête qui tourne. C’est bon signe, l’ivresse littéraire est à ce prix-là. On navigue entre Les Biffins de Gonesse de Jacques Perret, Un idiot à Paris de René Fallet et ce peuple-là nous rappelle parfois les mendiants du Caire que l’on croise dans les romans d’Albert Cossery. Si on est loin de l’imagerie gouailleuse d’Archimède le clochard, la galerie de portraits de Giraud vaut le détour. Des frimes pas possibles, des blazes audiardesques. Des gueules surgies de nulle part : Léon la lune, Louis Robespierre, l’Amiral, Coclo, le Gitan, le Chat, Pépé le voleur de chiens, etc…Toutes ces mauvaises herbes du pavé survivent dans cet enfer de la noye. Giraud s’intéresse aussi aux anonymes, le clodo lambda qui brûle sur une grille, comme Gégène qui avoue avoir « le virus de l’honnêteté ». Car dans ce monde-là, tout s’achète, se vole, s’échange. Tout se mange comme ce rôti de hérisson, féérie gourmande de la débine. Ces Raboliot des villes, braconniers du bitume qui sillonnent la Mouff’, la Maub’, qui traversent la Seine ou les Halles à la nuit tombée sont notre miroir sombre. Si la couleur sépia des années 50 rend leur reflet plus acceptable, leurs héritiers n’ont pas pour autant disparu. Il suffit de se promener dans Paris, l’indigence est tenace.

Le Peuple des berges, Robert Giraud, Le dilettante, 2013.

*Photo : L’Atalante

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Causeur - Samedi 21 décembre

Pourquoi les écrivains de droite avaient du style ?

Kléber Haedens aurait eu cent ans

Publié le 21 décembre 2013 à 9:00 dans Culture

Mots-clés : Antoine Blondin, Kléber Haedens, Roger Nimier

haedens nimier blondin

À la fin de l’année, nous célèbrerons les 100 ans de Kléber Headens, disparu en 1976. En dehors d’une polémique désastreuse sur un collège de banlieue qui aurait dû porter son nom, lit-on encore Haedens ? Pour beaucoup d’entre nous, son Histoire de la littérature française demeure un ouvrage essentiel, le maître-étalon vigoureux de tout critique qui a la prétention d’écrire sur les livres des autres. En 1996, Etienne de Montety avait relevé, dans son « Salut à Kléber Haedens », toute la truculence du personnage, ses foucades comme ses exercices d’admiration. Cet été, j’ai relu Haedens par souci de santé, la rentrée littéraire est un marathon qui mérite quelques pauses gourmandes, mais surtout par plaisir. Plaisir de retrouver Jérôme Dutoit, le héros d’Adios, ou Wilfrid Dorne, celui de Salut au Kentucky. Mon vieux livre de poche (millésime 1970), résumait ainsi le roman, après une courte notice biographique de l’auteur, : « Peut-être y-a-t-il cent façons d’occuper un bel été quand on a vingt ans, mais Wilfrid Dorne n’en voit pas de meilleure que tomber amoureux d’une jeune femme dont le portrait est exposé à la devanture d’un magasin d’antiquités ». Difficile de ne pas poursuivre plus loin cet apprentissage de la vie qui démarre à l’été 1869. Je me suis demandé pourquoi les écrivains de droite, bien que la plupart ne se reconnaissait dans aucun camp politique défini, m’apportaient tant de bonheur de lecture.

Excepté Vailland, Besson, Lacoche ou mon camarade Jérôme Leroy, je (re)lis Haedens mais aussi Blondin, Nimier, Laurent, Perret, Mohrt, Morand, Déon, etc… Je pourrais continuer comme ça la liste des réfractaires comme les appelle Bruno de Cessole dans son merveilleux Défilé (qui vient de reparaître dans la collection Tempus aux éditions Perrin) ou des désenchantés comme les nomme Alain Cresciucci. La gauche humaniste peut manifester, les étudiants se réunir en AG, les professeurs convoquer un conseil de discipline. L’écrivain de droite (jusqu’aux années 80) avait du style, c’est un fait irréfutable, historique. Après les Trente Glorieuses, l’écrivain de droite s’est financiarisé, il a voulu rentabiliser son investissement littéraire, toucher sa part du gâteau. Il avait la volonté de s’en sortir, de ne pas rester un anonyme, un obscur tailleur de mots. Il a perdu ce qui faisait tout son charme réactionnaire, ses emballements de vieux con, sa langue travaillée, son vocabulaire oublié, sa force lyrique, sa mélancolie lancinante, son phrasé intime, ses peurs d’enfant. À l’exigence, l’original, le fracassant, il a préféré le marketing, le commun, le bêtifiant. Aujourd’hui, l’écrivain de droite n’existe plus, c’est une chimère, il forme un même ensemble mou, flou avec son homologue de gauche. Ils partagent les mêmes théories bidons, l’expansion économique et la croissance, comme seuls phares de l’Humanité, l’universel au détriment de l’individuel. En réalité, ils prônent l’appauvrissement généralisé et le déshonneur qu’ils appellent entre eux le progrès et la modernité. Gare à ceux qui osent mettre en doute leurs belles âmes réunies, sous des allures de démocrates débonnaires, ils peuvent se montrer féroces. De vrais tyrans qui auront les moyens de vous faire taire.

Avant ce grand melting-pot culturel, l’écrivain de droite avait des manières d’anar, de dandy déclassé, d’aristo fauché. Il écrivait à l’ancienne, à la hussarde, ne s’embarrassait pas de raisonnements pompeux, de théories savantes, il jouait perso, montait dans la surface de réparation et tirait droit au but. Les coups de sifflet de l’arbitre et les insultes du public ne l’arrêtaient pas. L’écrivain de droite était un révolutionnaire, une forte tête, il désobéissait sans cesse, refusait les cases bien établies, les hiérarchies honteuses et les compromissions d’état. Il était soupe au lait, on l’aimait pour son tempérament volcanique. Il allait toujours à contre-courant, quand l’université se pâmait devant le nouveau roman, il redécouvrait Céline et Morand, quand Sartre imposait son magistère moral, il ressortait les vieilles histoires de l’Occupation et dénonçait les résistants d’opérette.

L’écrivain de droite ne croyait pas aux héros modernes. Il était sevré depuis la défaite de 40. Ses modèles, il fallait les chercher du côté des Mousquetaires, des bandits de grands chemins, des irrésistibles vamps. Cette nature instable charmait le public et inquiétait les élites. Son style était à son image. Il n’avait pas comme son confrère de gauche, un message à déclarer, une ode aux peuples opprimés à déclamer, il ne chantait pas les louanges de la fraternité. Il était libre donc dangereux. Libre d’écrire ce qui lui passait par la tête, libre de rouler à 200 km/h, libre d’aimer, libre de trouver son époque déplorable, lamentable. Il ne se privait pas pour cracher sur les institutions et la faiblesse des hommes. L’écrivain de droite ne pardonnait rien. Aucun parti ne surveillait sa prose. Souvent, il payait cher son irrévérence, sa misogynie, son snobisme, son aversion de la foule. L’écrivain de droite n’était pas dans la transmission des valeurs. Il opérait dans le champ de l’immoral. Quand l’écrivain de gauche se regardait dans la glace et se trouvait terriblement beau et bon, l’écrivain de droite ne supportait pas son reflet. À la lecture, ça fait toute la différence.

*Photo : FR : Antoine Blondin en 1976. 00259435_000002.

 

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18 décembre 2013

Causeur - Dimanche 7 décembre

 

 

Tous à vos listes !

Avant le rush de Noël

Publié le 07 décembre 2013 à 12:00 dans Culture

Mots-clés : Blake et Mortimer, La Grande Bellezza, Un singe en hiver

blake mortimer sorrentino

Cette année, Causeur prend les devants. Les cadeaux achetés à la dernière minute ne vous réussissent pas. Vous n’avez pas envie de passer le réveillon aux Urgences non pas à cause d’une intoxication alimentaire, mais pour un DVD, une BD ou un CD reçus en pleine poire ! Le cadeau culturel n’a jamais été aussi dangereux en ces temps de disette. Pour éviter les fautes de goût, pour épater vos convives ou tout simplement pour faire plaisir, nous avons sélectionné quelques offrandes qui seront du meilleur effet sous le sapin.

Dolce Roma

En plein cœur de l’hiver, vous risquez d’attraper un coup de soleil en regardant La Grande Bellezza, le dernier film de Paolo Sorrentino. Il y a tout pour réchauffer les âmes en peine : la ville de Rome, éternelle, bouillonnante et sensuelle. Les italiennes, grandes bourgeoises névrosées, à la dérive et si désirables. Des fêtes qui éclatent à la nuit tombée comme des milliers de bulles de néant. Une girafe qui disparaît par miracle, une naine qui perce les mystères de l’être, un amour de jeunesse dont la beauté hante vos nuits. Et au milieu de tout ce grand défouloir, le roi des mondanités, Jep Gambardella, magnifique Toni Servillo qui interprète le rôle d’un journaliste, auteur d’un seul roman, à la recherche de son passé. Il vient de fêter ses 65 ans et il a décidé de ne plus faire semblant. Entre La Dolce Vita de Fellini et Journal intime de Moretti, La Grande Bellezza irradie par la justesse et la violence de ses émotions. C’est beau, mystique, merveilleusement filmé et joué. La bande-son est sublime, elle alterne morceaux dansants (redoutable version club de Far l’amore de Bob Sinclar & Raffaella Carrá ou l’envoûtant slow Ti ruberó de Monica Cetti) et symphonies de Bizet.

La Grande Bellezza, Paolo Sorrentino – DVD Pathé – Exclusivité FNAC

22, ils reviennent !

À Noël, préférez toujours la tradition ! Une dinde aux marrons vaut mieux qu’un plat en fusion. Et puis, l’année a été assez mouvementée comme ça. Un peu de repères, de solide, d’immuable, de tangible sous le sapin. Vive la ligne claire ! Quoi de plus réconfortant que de retrouver ses héros d’enfance. Blake et Mortimer reviennent le 6 décembre dans un tome 22 qui fleure bon la nostalgie. Les rues pavées du vieux Londres, le mystère de l’onde Mega, le télécéphaloscope du professeur Septimus, des interférences et tout se détraque. On peut compter sur le vibrionnant Professeur Mortimer et son acolyte, Blake, le plus courageux des moustachus blonds du royaume pour sauver la Couronne et la Morale. Cette nouvelle aventure s’annonce captivante avec le retour de la Marque jaune et de l’affreux Olrik sans qui nos deux héros auraient l’air d’un vieux couple.

L’onde Septimus – BD – Une aventure de Blake et Mortimer Tome 22 – Jean Dufaux –Antoine Aubin – Etienne Schréder – (sortie 6 décembre 2013)

J’irai revoir ma Normandie

Il y a des pèlerinages qui nous font traverser la France. On ne louperait celui de Tigreville (Villerville) sous aucun prétexte. Pour certains hommes, le crachin normand a des couleurs d’Extrême-Orient, de nuits de Chine. Des rêves de fusiliers-marins s’élèvent au-dessus du bocage. Depuis que nous avons lu Blondin et vu Verneuil, les matadors nous arrachent des larmes, le Picon-bière n’a plus de secret pour nous et tous les barbus ressemblent à Landru. Gabin, Belmondo, Roquevert, Flon et Frankeur sont irrésistibles. Les dialogues d’Audiard aux petits oignons. Des torpilles hilarantes explosent à marée basse : « la Wehrmacht polissonne et le feldwebel escaladeur », « le Yang-tseu-kiang n’est pas un fleuve, c’est une avenue », « Albert, ils me font mal aux yeux, tirons-nous ! ». Cette ivresse-là des mots nous manque.  L’édition collector égayera vos soirées d’hiver.

Un Singe en hiver – Henri Verneuil – Edition Collector  Blu-ray – Studio EuropaCorp – Bonus (documentaire inédit avec interviews)

Le talent dure longtemps…

Il y a quinze ans, c’était l’été, Nino tirait sa révérence. Nos mères pleuraient. Nos pères avaient les yeux rouges en ce mois d’août. Nous étions tous tristes. Avec cet éternel écorché, ce Ray Charles rital, les Trente Glorieuses défilaient en scopitone. Des caves de St-Germain aux succès yé-yé, ce fils de bonne famille n’avait jamais desserré les dents. Il pouvait tout chanter, le catalogue Manufrance façon rythm & blues, les chansons d’amour, la mélancolie de la Baie de Rio, le mal de vivre. Parfois, il apparaissait à la télé, interviewé par Denise Glaser, à cheval dans sa bastide du Lot, au volant de voitures anglaises ou dans son exil italien qui dura trois ans. Réécoutez ce Latin lover surdoué et si vous passez par Toulouse, la médiathèque José Cabanis lui rend hommage jusqu’au 16 février 2014 dans une émouvante rétrospective « Nino Ferrer, il était une fois l’homme ».

Intégrale Nino Ferrer – 4CD – Enregistrements studio & live – Barclay

 

           

 

 

 

 

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09 novembre 2013

Causeur - Samedi 9 novembre

L’Art Déco au Trocadéro

Enfin une grande exposition sur ce courant mal-aimé

Publié le 09 novembre 2013 à 9:00 dans Culture

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art deco architecture

Paradoxe français : les collectionneurs s’arrachent les objets « Art Déco » alors que les institutionnels boudent ce style jugé trop sulfureux. Les années 1920/1940 sont à manier avec précaution dans notre pays prompt à s’enflammer au moindre fait-divers. Comme on le chuchote parfois dans les couloirs des Ministères, « la prudence est mère de sureté » et on rajoute « des longues carrières ». Quand l’amalgame historique et le conformisme intellectuel guident la politique culturelle, c’est le public qui trinque et qui se farcit, toute l’année, des expos exténuantes. Gabegie publique et attrape-gogos, on connait la chanson.

La Cité de l’architecture & du patrimoine située place du Trocadéro, relève enfin le niveau. Elle a bénéficié du concours de la ville de Boulogne-Billancourt et son admirable Musée des Années 30 (à voir absolument) ainsi que de la Cité de la céramique (Sèvres). L’exposition intitulée « 1925. Quand l’Art Déco séduit le monde »jusqu’au 17 février 2014 est d’une actualité brûlante. Car, en ce moment, la France ne séduit pas grand monde. Paris n’est plus une fête. Nos industriels se font la malle. Nos produits sont à la traîne face à la concurrence allemande. Le « Made in France » peine à décoller. Un pull marine suffira-t-il à ne pas toucher le fond de la piscine ?

Pour vous remonter le moral, allez faire un tour au Trocadéro ! Vous verrez que, durant l’Entre-deux-guerres, ça phosphorait dans l’hexagone. Le monde avait les yeux braqués sur notre village d’irréductibles gaulois. Il faut dire que nous étions sacrément attractifs, on swinguait à Montparnasse, des garçonnes prenaient des drinks au Bar Américain de la Coupole, notre future patriote, Joséphine Baker, se trémoussait et Simenon écrivait déjà au kilomètre lancé. Dans les airs, Hélène Boucher battait des records de vitesse et sur terre, assurait la promotion de la Renault Vivasport 6 cylindres. Sur la pelouse de Wimbledon, Suzanne Lenglen alignait les victoires. Mythe ou réalité ? La femme française habillée par Paul Poiret, Jean Patou ou Coco Chanel faisait, paraît-il, grimper notre Balance Commerciale. L’Art Déco est né dans cette effervescence-là après la Terreur des tranchées.

Avec l’attrait pour la vitesse, les matières nobles, les lignes géométriques, le design industriel, la symétrie parfaite, l’Art Déco s’est nourri d’un monde en bascule, entre excès de confiance et classicisme bon teint. Le terme même d’Art Déco n’a été utilisé qu’à partir des années 60, ilfait référence à l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes qui s’est tenue d’avril à octobre 1925 à Paris. La Cité de l’architecture a très bien recréé l’atmosphère délirante de gigantisme et d’audace de cette année-là. Sous l’égide du Ministère du Commerce et de l’Industrie, cette immense foire sur 23 hectares devait assurer le rayonnement de la France.

Elle y parvint. Nos plus grands artistes avaient été mis à contribution. Il suffit de revoir les photographies de la fontaine lumineuse créée par René Lalique, du pavillon Primavera des architectes Henri Sauvage et Georges Wybo ou du salon de l’hôtel du Collectionneur de Jacques-Emile Ruhlmann pour constater qu’on avait de l’ambition à moment-là de notre histoire. L’exposition revient donc en détail sur cet élan créatif qui a diffusé l’Art Déco partout dans le monde, de la résidence du prince Asaka à Tokyo (1933) à l’Ambassade de France de Belgrade (1929-1935). À ne pas rater, toute la scénographie (maquettes, film documentaire, etc…) particulièrement réussie autour du paquebot Le Normandie mis en service en 1935. Le Transatlantique qui reliait Le Havre à New-York via Southampton a œuvré,lui aussi,pour la propagation de ce style (mobilier, luminaires, etc.). L’expression luxe à la française prend ici tout son sens. Découvrez également comment l’Art Déco est toujours aussi présent dans l’architecture de nos villes françaises(immeubles d’habitation, gares,postes, bourses du travail, théâtres, piscines, etc…). Alors, impossible n’est pas français ?

Exposition « 1925. Quand l’Art Déco séduit le monde » – du 16 octobre 2013 au 17 février 2014 – Cité de l’architecture & du patrimoine – 1, place du Trocadéro – 75 116 PARIS1.

À lire : Hors-Série Connaissance des Arts – 1925 Quand l’Art Déco séduit le monde.

1925, quand l’art déco séduit le monde? Ouvrage collectif sous la direction d’Émmanuel Bréon et Phillippe Rivoirard, co-édition Norma / Cité de l’architecture & du patrimoine, 2013.

  1. Ouvert tous les jours sauf le mardi de 11 h à 19 h. Nocturne le jeudi jusqu’à 22 h.

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27 octobre 2013

Causeur -Dimanche 27 octobre

Maigret se met à table !

Les recettes du Commissaire sur le gril

Publié le 27 octobre 2013 à 9:00 dans Culture

Mots-clés : Robert Courtine, Sébastien Lapaque, Simenon et Maigret passent à table

maigret robert courtine

Les livres de cuisine font florès avant la Noël. Depuis que les chefs se sont reconvertis en animateurs télé, ils soliloquent dans le poste, ils paradent aux avant-premières et ils publient à tour de bras. Ce n’est plus cauchemar en cuisine mais indigestion en librairie. Etrange paradoxe dans une France qui n’a jamais aussi mal mangé, on n’en finit plus de vanter, sur les ondes, une gastronomie moribonde. Tous ces beaux livres qui font appel aux meilleurs photographes, embaumeurs émérites, manquent cruellement d’appétit. Les mets prennent la pose avec autant de naturel qu’une stripteaseuse feint le désir.

Dans cette débauche esthétique, les vrais gourmands sont à la diète. La petite vermillon vient secouer les casseroles en rééditant en poche  Simenon et Maigret passent à table, un ouvrage qui redonne corps à des plats robustes, ces classiques de la cuisine familiale qui font toujours autant saliver.

La maison d’édition a choisi comme maître d’hôtel Robert Courtine (1910-1998) qui a tenu pendant quarante ans la chronique gastronomique du Monde. Il sait mieux que quiconque nous mettre l’eau à la bouche.

Avec lui, pas de fusion, d’audace, de performance culinaire, ces excentricités qui épatent le gogo, mais un retour aux valeurs, au terroir et aux plats de l’enfance. Pour nous appâter, Courtine a choisi d’ouvrir le livre de recettes de Mme Maigret, la gironde épouse du commissaire, la grande prêtresse alsacienne des fourneaux du 130, boulevard Richard-Lenoir, l’adresse éternelle du couple. Au 36, quai des Orfèvres, il y a toujours eu une solide tradition du bon coup de fourchette. En inventant le personnage de Maigret, Georges Simenon a surtout laissé parler son ventre. Il a fait partager ses goûts au policier à la pipe.

Dans son avant-propos, Sébastien Lapaque rappelle que les bonnes recettes de Mme Maigret « ce sont les bonnes recettes de l’enfance liégeoise de Simenon : soupe à l’oignon, potée lorraine, moules-frites, macaronis gratinés, œufs au lait, crêpes et surtout tarte au riz ». Simenon, l’ami de Curnonsky, le prince des gastronomes, se serait damné pour un bœuf rôti à la bordelaise ou une poule au pot. Celui qui organisa le Bal anthropométrique à la Boule Blanche, rue Vavin, en février 1931 et invita le tout-Paris (Derain, Colette, Carco, Lazareff, Kiki de Montparnasse, Suzy Solidor, etc…) pour lancer sa série policière avait une attirance filiale pour les plats de sa Belgique natale.

Au fil des années, Simenon et son double Maigret ont sillonné la France des bistrots, des auberges, chantant ainsi un véritable hymne à nos plats régionaux. Sébastien Lapaque, toujours aussi inspiré, met en avant les quatre points cardinaux de cette cuisine populaire : « la bouillabaisse –devenue son plat préféré après un premier séjour à Porquerolles en 1933, la choucroute, le cassoulet et la garbure ». Les amateurs de faux exotisme, de mélanges improbables et de saveurs indéfinies peuvent laisser leur place. À la table de Maigret et/ou de Simenon, on mange avec plaisir en communiant avec le passé, on ne chipote pas, on coupe, on mâche, on s’évade. Il n’y a rien de pire qu’un homme et une femme qui mangent avec parcimonie, une calculette à calories dans la tête, c’est un manque évident de savoir-vivre. Courtine a recensé dans ce livre toutes les affinités culinaires du Commissaire (soupes et potages, entrées, œufs, sauces, crustacés et coquillages, poissons, gibier et volaille, abats, viandes, légumes et desserts), il en donne les recettes et même les accompagnements. Il conseille ainsi de boire une bière blonde à la pression avec une soupe à l’oignon gratinée, un Vouvray sec avec une omelette aux fines herbes, un Ménetou-Salon avec une friture de goujons ou un Riesling avec des escargots à l’alsacienne. Ce livre de recettes est succulent d’inventions et de poésie. Certains mots nous font même chavirer (pintadeau en croûte, perdreaux au chou, fricandeau à l’oseille, tarte au riz ou l’énigmatique épaule de mouton farcie bonne femme).

Bon appétit !

Simenon et Maigret passent à table, Robert Courtine (La petite vermillon).

*Photo : A. GELEBART/20 MINUTES/SIPA

 

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20 octobre 2013

Causeur - Dimanche 20 octobre

Un 8ème shoot de Schnock

Schnock

 

Publié le 20 octobre 2013 à 11:00 dans BrèvesCulture

Mots-clés :

À quoi reconnaît-on une bonne revue ? Des sujets décalés, un ton caustique, une maquette originale et ce parfum de légèreté qui manque tant à la presse française. Comme le répétait en boucle Céline, qu’ils sont lourds, oui, qu’ils sont lourds ces éditeurs à compiler les mêmes enquêtes sans fond et sans style. De nos jours, les articles ont vocation à habiller les publicités. Les annonceurs sont déjà bien gentils de concéder à l’écrit, le gris comme l’appelaient les anciens journalistes, quelques cases protégées. Les mêmes espaces que l’on réserve aux animaux sauvages ou aux fleurs exotiques. Bientôt, nous ouvrirons un magazine comme on visite un parc national. On dira aux enfants :

-          Regarde, là, petit, dans ce magma d’images, il  y a une légende

-          C’est quoi une légende, papa ?

-          C’étaient des mots, fiston…

Le gris apparaît parfois à la suite d’un long tunnel publicitaire d’une vingtaine de pages (voir les féminins de la rentrée et le célébrissime September Issue bourré de réclame). Il étouffe le gris. Il se meurt le gris. Nous ne sommes plus de grands naïfs, ça fait belle lurette qu’un magazine n’a plus pour vocation principale d’informer ou divertir (à part Causeur Magazine) mais de vendre des babioles. Alors, quand on tombe sur le nouveau numéro de Schnock, 8ème du nom, dédié en partie à Pierre Richard, on se sent revivre. Ils l’ont fait. On loue cette énergie venue de très loin, cette intelligence du sujet, cette dinguerie en provenance directe des années pompidogiscardiennes, du vintage patiné façon linoléum et de l’émotion imbibée au Dubonnet. On a aimé les sept précédents opus consacrés notamment à Jean-Pierre Marielle, Jean Yanne, Amanda Lear ou Gainsbourg. Ce huitième numéro de La revue des Vieux de 27 à 87 ans est tout simplement jubilatoire. On est presque ému. On en pleurerait tellement c’est bon. Habitués à tant de médiocrité, de crétinerie et de vulgarité, les lecteurs se croyaient abandonnés. Personne ne pensait plus à nous. Le monde de la presse était-il devenu aussi froid, cosmétique et illusoire qu’un trader shooté aux courbes de la bourse ? Schnock nous apporte cette bouffée de nostalgie nécessaire à notre survie. On aimerait que la revue sorte tous les mois, toutes les semaines. Après avoir pris une dose de Schnock, on plane, on voit des R16 dans la rue, des acteurs qui ne jouent pas les VRP sur les plateaux télé, des écrivains qui savent écrire, des chanteuses qui chantent juste et surtout on ne se prend pas au sérieux. Pour vous donner envie de courir chez votre marchand de journaux, je préfère vous susurrer des mots tendres, en l’occurrence, des noms que vous trouverez à l’intérieur de cette 8ème édition. Si le bonbon Stoptou, Vladimir Cosma, le magazine Absolu, Téléchat (Groucha et Lola), Mort Shuman, Anne-Marie Peysson, ou Auguste Le Breton ne vous disent rien, passez votre chemin. Vous n’êtes pas un vrai Schnock !

Schnock – Numéro 8 – La Tengo Editions.

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Causeur - Dimanche 20 octobre

  

 

L’Histoire naturelle, un sujet littéraire

Quand les écrivains dissèquent le Jardin des Plantes

Publié le 20 octobre 2013 à 9:00 dans Culture

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jardin des plantesLes jardins m’ennuient. Pire, ils me désolent. Si chez certains, ils évoquent la nature resplendissante, le volte-face des saisons ou le miracle de la Terre, chez moi, ils me rappellent trop de mauvais souvenirs. Trop de poussives visites à travers l’Europe, à la découverte de jardins botaniques et exotiques, littéralement tiré, tracté par mes parents que ce spectacle ravissait. Ils ne m’auront épargné aucun parc, aucun paysagiste, aucune vente d’espèces rares, j’entends encore mon père égrener une litanie de noms de plantes en latin à l’heure du dîner. J’en fais parfois des cauchemars à presque quarante ans. L’horticulture n’aura pas réussi à germer dans ma tête de pioche. Dès l’âge de huit ans, je sus que la nature me serait à jamais hostile. Un échec de plus dans mon éducation laborieuse. Les années ont passé. Mon père, grand spécialiste des plantes vivaces, a délaissé quelque peu le jardin d’ornement pour une nouvelle passion : le potager et ses « obscures » variétés. La bibliothèque familiale déborde toujours autant d’ouvrages savants sur le sujet et moi, je suis l’éternel ignare, ne faisant pas la différence entre un cerisier du Japon et un pied de tomates.

Mon inculture jardinière que l’on croyait définitive vient pourtant de connaître un heureux revirement. Je me suis régalé à la lecture des  Bonnes feuilles du Jardin des Plantes, une anthologie présentée par Philippe Taquet, membre de l’Institut, qui court de Jean-Jacques Rousseau à Claude Simon. Je ne sais si c’est la splendide couverture verdoyante, sa maquette aérée ou le choix judicieux des auteurs qui m’ont captivé, mais assurément, j’y ai pris beaucoup de plaisir. Jusqu’alors, le Jardin des Plantes indiquait pour tout natif du Berry, son arrivée à Paris et la vision quelque peu effrayante d’un Mammouth dans le prolongement de la Gare d’Austerlitz. Rien de très engageant.

Ce recueil de textes commentés s’intéresse en fait autant aux allées du Jardin qu’aux arcanes du Muséum national d’Histoire naturelle. Il y est autant question des carrés de la perspective (480 mètres sur 2,5 hectares) bordés par des platanes que de la Ménagerie, des Galeries ou des illustres scientifiques qui ont fait le renommée du lieu et, par ricochet, celle de la France. Ce jardin royal des plantes médicinales créé sous Louis XIII va devenir au XVIIIème siècle un haut-lieu scientifique à la gloire de Buffon, Cuvier, Jussieu, Lamarck et Bernardin de Saint-Pierre. Cette anthologie dévoile une autre facette du Jardin, celle d’une terre d’inspiration pour bon nombre d’artistes et de philosophes. Sur cet espace fertile à l’imaginaire, aux souvenirs et aux émotions, les écrivains ont posé leur plume.

Victor Hugo vantait le génie de Buffon dans son poème du Jardin des Plantes et invitait son petit-fils, Georges, à venir voir la ménagerie. Un voyage intra-muros des plus déroutants : « Sans sortir de Lutèce, allons en Assyrie, Et sans quitter Paris partons pour Tombouctou ». Balzac honorait Cuvier en se demandant s’il n’était pas « le plus grand poète de notre siècle ? ». Les témoignages d’Alfred de Musset, Jules Verne, Rousseau, Proust, Zola ou Sainte-Beuve redonnent des couleurs à cet endroit. Barbey d’Aurevilly, dans sa nouvelle « Le Bonheur dans le crime », comparait la rivalité entre une élégante visiteuse et une panthère. Dans ce face-à-face, « la formidable bête outragée avait rouvert les yeux, affreusement dilatés, et ses naseaux, froncés vibraient encore… » écrit-il. Léon-Paul Fargue, l’infatigable piéton, s’extasiait dans la galerie de la paléontologie : « Moi et quelques autres nous restons là, devant le Diplodocus, à rêver à la taille des herbes qu’il foulait, à la quantité de l’oxygène tout frais dont il se gonflait comme un zeppelin ». Jacques Perret se faisait botaniste : « Nous avons là l’espace vert le plus intensément botanique, le plus pittoresque et précieux de tout Paris sinon le plus secret car il est dans son ravin à la merci des regards plongeants ». Alexandre Vialatte confirmait cet engouement qualifiant le jardin des Plantes de « musée du monde » et de « boudoir de l’histoire naturelle ».

Papa, c’est promis, ce week-end, je visite le Jardin des Plantes !  

Les Bonnes feuilles du Jardin des Plantes – De Jean-Jacques Rousseau à Claude Simon – Une anthologie par Philippe Taquet, membre de l’Institut en collaboration avec Geneviève Boulinier et Anne-Roussel-Versini – Editions Artlys

*Photo:  Bruce Yuan-Yue B/SUPERSTOCK/SIPASUPERSTOCK 45068283_000001

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07 octobre 2013

Mercedes-Benz Magazine Automne 2013

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05 octobre 2013

Causeur - Samedi 5 octobre

Souvenirs mécaniques

Rush : le duel Lauda/ Hunt sur grand écran

Publié le 05 octobre 2013 à 9:00 dans Culture

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Allergiques au talon-pointe, aux montées en régime, à l’odeur d’huile de ricin, passez votre chemin !  Rush, le dernier film de Ron Howard (en salles depuis le 25 septembre) n’est pas éco-compatible et n’a reçu aucune certification du GIEC. Adeptes du vélib’, rangez-vous sur le bas-côté car  Rush  est 100 % polluant ! Il déboule sur les écrans avec la force et la virtuosité d’un V12 accordé par les mélomanes de Maranello. Ces mécanos-là sont les meilleurs mélodistes au monde. Qui n’a jamais goûté à ces envolées lyriques et ténébreuses ne connaît rien de la béatitude. Pour certains hommes, il y a plus érogène qu’une strophe de Rimbaud ou les épaules dénudées d’une femme mariée. Les plaisirs mécaniques sont insondables.

Alors, quand un film énergivore en carburant, qui déshabille les filles et fait accélérer les hommes, arrive sur nos écrans, j’accours ! Même s’il ne peut décrire qu’une époque lointaine : les années 70. Ron Howard revient sur le duel qui opposa James Hunt, le britannique flamboyant à Niki Lauda, l’autrichien taciturne, durant la saison 1976 du Championnat du monde de Formule 1. Dit comme ça, beaucoup d’entre vous pourraient, en fait, décrocher. Des excités de la boîte de vitesses qui tournent en rond, c’est pathétique, infantile, dépassé, misogyne !

En êtes-vous vraiment sûr ? De la compétition automobile, on ne retient aujourd’hui que des histoires absurdes de sponsoring et de  droits télé. Entre excès de testostérone et gros sous, le sport automobile n’a plus la cote auprès du public. Il sert à peine les intérêts économiques des constructeurs qui veulent motoriser des régions de la planète pas encore converties aux vertus du moteur à explosion. Le réalisateur américain qui, restera à jamais pour les téléphages français Richie Cunningham de la série Happy Days, s’est souvenu d’un temps où les circuits étaient une scène de théâtre.

Chaque dimanche, les pilotes rejouaient Racine. Le 1er août 1976, Lauda, champion en titre, est victime d’un terrible accident au Nürburgring, sa voiture prend feu, il s’en sort miraculeusement, le visage brûlé, les poumons remplis d’essence, le 12 septembre de la même année, il renfile sa combinaison et prend le départ du Grand Prix d’Italie. Ron Howard a braqué sa caméra sur cette période où les chevaliers de la F1 tutoyaient les dieux de la vitesse. Au cours des années 70, les week-ends se révélaient souvent meurtriers. Piers Courage à Zandvoort, Jochen Rindt à Monza ou notre héros national, le charismatique François Cevert durant les qualifications du Grand Prix des Etats-Unis, perdirent la vie au volant de leur monoplace. Chaque année, la piste avalait les hommes. La foule cannibale en redemandait. Hunt et Lauda, par leur caractère et leur style antagonistes, incarnaient cette folie-là. Deux pilotes de légende, une tête-à-claques flamboyante et un metteur au point de génie.

Hollywood aime les grosses ficelles. La subtilité n’est pas toujours au rendez-vous. C’est manichéen, brutal, la musique (trop) forte couvre le bruit des moteurs et l’image est parfois criarde. Malgré ces défauts inhérents aux films d’action, une débauche d’énergie, une saturation des couleurs et une psychologie de bazar, on reste sur son siège baquet. Oui, les deux acteurs en font des tonnes. Chris Hemsworth (Hunt) campe un pilote rapide, agressif, bagarreur, baiseur et frénétique. Daniel Brühl (Lauda) joue sur la réserve, mutique, économe de ses gestes et paroles. A l’arrivée, ils forment un duo très plaisant à regarder. Ron Howard a presque mieux réussi les scènes d’amour, d’ambiance, tous les extérieurs que les confrontations sur la piste elle-même.

Les nostalgiques aimeront revoir les somptueuses McLaren, Ferrari, Tyrrell et autres Ligier du milieu des années 70. Et puis, comment oublier des noms aussi chantants que Clay Regazzoni, Emerson Fittipaldi ou Mario Andretti ? Mention spéciale aux épouses de pilotes. Olivia Wilde, l’éternel Numéro 13 de Dr House, interprète Suzy, la compagne de Hunt, cette comédienne est formidable dans les rôles d’amoureuses trahies. Le désamour l’habille à merveille. Quant à la révélation de ce film, Alexandra Maria Lara (Marlene Lauda), elle possède une classe naturelle, une distinction à l’ancienne, un charme fou. À voir autant pour le spectacle pyrotechnique que pour cette liberté surannée, vestige des seventies.

Rush,  un film de Ron Howard, en salles depuis le 24 septembre.

 

 

 

 

 

 

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